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Retraite

Retraite : l'état réel, la courbe démographique, et la solution 10 ans

Le débat sur les retraites est faussé par un mensonge : « il n'y a pas d'argent ». La vérité est ailleurs. Il y a un problème démographique mathématique — et une solution qui peut être équitable pour tous et rentable pour l'État. Voici les faits, la courbe, et notre plan.


Partie 1 — L'état actuel des retraites (les faits, sourcés)

Indicateur Valeur Source
Prestations vieillesse (ROBSS + FSV) 325,5 Md€ en 2025 (+3,6 %/an) Cour des comptes (RALFSS 2026)
Déficit de la branche vieillesse -7,1 Md€ en 2025 INSEE, comptes APU 2025
Régime général (CNAV) -22,0 Md€ en 2025 Cour des comptes (RALFSS 2026)
CNRACL (territoriaux, hospitaliers) -2,3 Md€ RALFSS 2026
Dépense vieillesse en % du PIB +1,9 pt depuis 2010 FIPECO
Âge légal actuel 64 ans (réforme 2023, suspendue en 2026) LFSS
Pension moyenne ~1 530 €/mois (tous régimes) DREES

Les trois constats que personne ne peut contester :

  1. La dépense vieillesse explose : 325,5 Md€, en hausse de +3,6 % par an — la plus grosse dépense sociale de la Nation, devant la santé.
  2. Le système est déficitaire : la branche vieillesse perd 7,1 Md€, le régime général 22 Md€, la CNRACL 2,3 Md€ — chaque année.
  3. La réforme de 2023 n'a rien réglé : après 3,3 Md€ d'économies et 2,5 Md€ de compensations, le gain net est de 0,8 Md€ — une goutte d'eau face à un déficit qui se compte en dizaines de milliards.

Partie 2 — La courbe de la démographie : la bombe à retardement

Le ratio cotisants / pensionnés s'effondre

Le système de retraite français est par répartition : ce sont les cotisations des actifs d'aujourd'hui qui paient les pensions des retraités d'aujourd'hui. Or le ratio qui fait tout se dégrade mécaniquement :

Année Ratio cotisants / pensionnés (CNRACL) Lecture
2022 1,5 1,5 actif pour 1 retraité
2025 1,3 1,3 actif pour 1 retraité
2035 < 1 moins d'1 actif pour 1 retraité

Source : Cour des comptes (RALFSS 2026) — projection CNRACL.

Pour le régime général, la tendance est identique : la génération du baby-boom (1946-1974) part massivement à la retraite, pendant que les générations nées après 1975 (plus nombreuses mais suivies de générations moins nombreuses) la remplacent au travail.

La natalité s'effondre

Année Naissances Indice de fécondité
2014 ~820 000 1,83
2023 ~678 000 1,83
2024 ~660 000 1,79
2025 645 000 (-21 % depuis 2014) 1,62

Source : INSEE, bilan démographique 2025 ; RALFSS 2026.

Ce que signifie 1,62 : il faut 2,1 enfants par femme pour renouveler la population. À 1,62, la France est sous le seuil de renouvellement. Chaque génération est plus petite que la précédente — donc chaque cohorte de retraités est plus grande que la cohorte d'actifs qui doit la financer.

Le taux d'emploi des seniors : la clé que personne ne regarde

Pays Taux d'emploi 55-64 ans (2024)
Suède 82 %
Allemagne 73 %
France 57,1 %

Source : Eurostat 2024.

La France est la championne d'Europe de l'inactivité des seniors. Des centaines de milliers de Français de 55-64 ans ne travaillent pas (préretraites, invalidités, chômage de longue durée, pénibilité non réelle). C'est à la fois un gaspillage humain et le premier gisement de financement des retraites.

La courbe en synthèse

Cotisants/pensionnés
  2,0 ┤
  1,5 ┤ ██ 2022
  1,3 ┤ ████ 2025
  1,0 ┤ ██████ 2035 ← seuil de rupture
     └──────────────────────────►
      2022  2025  2028  2031  2035

Sans rien faire, le système s'effondre : moins de cotisants, plus de pensionnés, un trou qui se creuse chaque année — et au bout, soit des pensions baissées de force, soit des impôts augmentés de force, soit les deux. C'est le scénario « continuité » : les retraités de demain paieraient la facture.


Partie 3 — La solution 10 ans : la plus équitable et la plus rentable

Notre principe : la solution ne consiste pas à voler les retraités ni à écraser les actifs. Elle consiste à rééquilibrer la pyramide en ramenant des cotisants, et à traiter chacun équitablement selon sa carrière. Voici le plan, mesuré, équitable et rentable.

Les 6 mesures du plan

Mesure 1 — Choc de natalité : faire renaître les cotisants de 2037

Le seul moyen de soigner la démographie à la racine, c'est la natalité. Les enfants nés aujourd'hui seront les cotisants de 2040-2050.

  • Allocations familiales +30 % pour le 3ᵉ enfant.
  • Crèches et gardes d'enfants : objectif zéro liste d'attente.
  • Logement familial prioritaire (grands logements, aides à la propriété).
  • Coût : ~8 Md€/an. Gain : +30 Md€ de croissance à 10 ans (CAE/INSEE) et surtout les cotisants de demain.

Mesure 2 — Remettre les 55-64 ans au travail (le plus gros gisement)

Plutôt que de repousser l'âge légal pour tous, on retravaille ceux qui ne travaillent pas :

  • Taux d'emploi des seniors porté de 57 % à 73 % (niveau allemand) : soit ~700 000 seniors de plus en activité.
  • Zéro prétention sans contrepartie : les préretraites et dispositifs d'inactivité sont supprimés ou réorientés vers l'emploi.
  • Emploi des seniors rendu attractif : allègements de charges sur les embauches de plus de 55 ans, cumul emploi-retraite facilité et défiscalisé.
  • Rentabilité : chaque senior qui travaille cotise au lieu de toucher. Le gain est double : recettes en plus, dépenses en moins. Estimation : 10 à 15 Md€/an (COR).

Mesure 3 — L'âge réel à la durée réelle (équité carrière)

Fini le « 64 ans pour tous » uniforme qui pénalise les carrières longues et favorise les carrières courtes.

  • Un système à durée de cotisation : on part quand on a cotisé assez, pas à un âge fixe.
  • Proratisation équitable : chaque année travaillée compte pour un point, chaque année non travaillée réduit la pension — pour tous, sans exception ni régime spécial.
  • Pénibilité réelle reconnue : les métiers réellement pénibles (démontrés médicalement) partent plus tôt — sans fraude.
  • Équité : celui qui commence à 18 ans et celui qui commence à 28 ans sont traités par la même règle : la durée.

Mesure 4 — Le facteur de durabilité (indexation sur l'espérance de vie)

  • L'âge de départ s'ajuste automatiquement sur l'espérance de vie à 65 ans (modèle allemand).
  • Avantage : pas de réforme tous les 5 ans, pas de conflit permanent. La règle est mécanique, juste et lisible.
  • Rentabilité : ~5 Md€/an en cible (COR).

Mesure 5 — Fusion des 42 régimes de retraite

  • Un seul régime, une seule caisse, un seul site : fin des 42 régimes spéciaux (SNCF, RATP, banque de France, etc.) aux règles incompréhensibles.
  • Une seule règle pour tous : mêmes droits à la durée, mêmes conditions, même pension de base.
  • Rentabilité : ~3 Md€/an de frais de gestion économisés (fusion AGIRC-ARRCO, IRCANTEC, régimes spéciaux).

Mesure 6 — La retraite à points, unique et transparente

  • Chaque euro cotisé = des points. Au départ, les points sont convertis en pension.
  • Transparence totale : chaque actif sait exactement sa future pension, année après année.
  • Équité parfaite : même cotisation = même point = même droit, pour le salarié comme le fonctionnaire.
  • Rentabilité : la gouvernance devient prévisible — l'État n'a plus à boucher des trous imprévus.

Partie 4 — Le bilan chiffré sur 10 ans

Mesure Coût Gain à 10 ans Effet
Choc de natalité -8 Md€/an +30 Md€ croissance + cotisants La cause profonde
Retour des 55-64 ans au travail ~0 (réorientation) +10 à 15 Md€/an Le plus gros gisement
Âge réel à durée réelle neutre +3 Md€/an Équité carrières
Facteur de durabilité neutre +5 Md€/an Automatique, juste
Fusion des 42 régimes -1 Md€ (transition) +3 Md€/an Simplicité
Retraite à points -1 Md€ (transition) prévisibilité Transparence
TOTAL à 10 ans +20 à 25 Md€/an nets

À 10 ans, le système revient à l'équilibre — sans baisser la pension de base des retraités actuels, sans augmenter les cotisations des actifs, sans repousser l'âge de tous.


Partie 5 — Répartition et capitalisation : le système mixte

Il y a deux façons de financer une retraite. Les comprendre, c'est comprendre la seule vraie question : comment garantir la pension de chacun, quelles que soient la démographie et la conjoncture ?

La répartition : le contrat entre les générations

Comment ça marche : les cotisations des actifs paient directement les pensions des retraités. Il n'y a pas d'épargne : l'argent circule en direct.

Avantages Inconvénients
Solidarité entre générations : les actifs soutiennent les anciens Vulnérable à la démographie : moins de cotisants = pensions en danger
Pension garantie toute la vie : indexée, versée à vie Aucun capital transmis : si vous décédez tôt, vos cotisations restent au système
Protège des crises boursières : la pension ne dépend pas des marchés Sensible à l'emploi : chômage de masse = trou dans la caisse
Équitable pour les bas salaires : solidarité dans la formule Rapport faible : le rendement des cotisations est inférieur aux marchés

Notre position : la répartition est le socle. Elle est le contrat qui unit les générations françaises. Elle est maintenue, consolidée et rééquilibrée par la solution 10 ans (retour des seniors, natalité, équité carrières). Sans elle, les retraités actuels et les carrières modestes seraient sacrifiés.

La capitalisation : l'épargne qui se constitue

Comment ça marche : chaque actif épargne sur son propre compte, l'argent est investi (actions, obligations), et le capital accumulé sert de pension au départ à la retraite.

Avantages Inconvénients
Rendement supérieur : la Bourse a rendu en moyenne 7-9 %/an sur 30 ans, contre ~1-2 % pour la répartition Risque de marché : une crise au moment du départ peut amputer la pension
Chacun est maître de son épargne : transmissibilité aux héritiers Inégalités : ceux qui peuvent épargner en profitent, les bas salaires non
Déconnectée de la démographie : votre pension dépend de VOTRE épargne, pas du nombre d'enfants des autres Coûts de gestion : frais des fonds qui réduisent le rendement
Atout pour la France : l'épargne investie finance nos entreprises Risque d'épargne captée : sans garde-fous, des fonds étrangers

Notre position : la capitalisation est le complément. Elle ne remplace pas la répartition : elle s'y ajoute, pour que chacun puisse sécuriser un revenu supplémentaire, sans dépendre uniquement de la pyramide démographique.

Le système mixte : le meilleur des deux, sans les défauts

Notre proposition : un système à trois étages.

Étage 1 — La répartition rééquilibrée (obligatoire, socle)

  • La retraite de base par points (Partie 3, mesure 6), financée par les cotisations.
  • Consolidée par le retour des seniors, le choc de natalité et l'équité carrières.
  • Elle garantit à tous un minimum décent, indexé, à vie — c'est la solidarité nationale.

Étage 2 — La capitalisation individuelle (facultative, fortement encouragée)

  • Un compte épargne-retraite pour chaque Français, ouvert par l'État, à frais quasi nuls.
  • Défiscalisée et désocialisée : chaque euro versé est déduit de l'impôt (comme un PER, mais sans frais, sans plafond de rentabilité caché).
  • Gestion libre et transparente : chaque Français choisit son profil (prudent, équilibré, dynamique), ou le profil « retraite par défaut » géré par l'État.
  • Transmissible : le capital revient aux héritiers si décès avant la retraite.
  • Versée en rente ou en capital au départ à la retraite, au choix.

Étage 3 — L'épargne d'entreprise (développée)

  • Intéressement, participation et prime de partage de la valeur (voir Le goût du travail) orientés par défaut vers l'épargne-retraite.
  • L'entreprise qui abonde est exonérée de charges patronales : c'est un salaire différé, sans coût.
  • Le salarié reste libre de retirer pour un projet (premier logement, naissance) sans perte d'avantages.

Pourquoi ce système mixte est équitable ET rentable

  1. Équitable : la répartition protège les bas salaires et les retraités actuels (pension garantie à vie). La capitalisation profite à tous — car le compte est ouvert par l'État pour chaque Français, avec un abondement de l'État pour les bas salaires (l'État verse un euro pour deux euros épargnés par un salarié à moins de 1,5 SMIC).
  2. Rentable pour l'État : chaque euro placé en capitalisation n'aura pas à être payé par les cotisations futures — le trou démographique se réduit d'autant. À 10 ans, l'épargne-retraite nationale atteindrait 500-800 Md€ investis dans l'économie française : financement de nos entreprises, de nos infrastructures, de notre souveraineté énergétique.
  3. Rentable pour le salarié : la capitalisation à 40 ans rapporte en moyenne 2 à 3 fois plus que les points de répartition à cotisation égale. Un salarié au SMIC qui place 50 €/mois (avec abondement de 25 € de l'État) se constitue ~60 000 € de capital à 65 ans, soit ~250 €/mois de rente en plus de sa retraite de base.
  4. Paix sociale : chacun construit SA retraite, en plus du socle commun. Fini le conflit permanent « actifs contre retraités » : la pyramide démographique n'est plus l'unique maîtresse du destin.

Le tableau comparatif : répartition seule vs système mixte

À 40 ans d'effort 100 % répartition Système mixte (répartition + capitalisation)
Pension de base (répartition) ~70 % du net ~70 % du net (conservée)
Revenu complémentaire (capitalisation) 0 +20 à 40 % selon l'épargne
Dépendance à la démographie Totale Réduite de moitié
Transmission aux héritiers Aucune Possible (capital épargné)
Risque en cas de crise boursière Aucun (socle garanti) Limitée (le socle reste garanti)
Rendement de l'effort ~1-2 %/an ~5-7 %/an en moyenne pondérée

Notre conviction : la répartition seule condamne les jeunes générations à dépendre d'une pyramide qui se vide. La capitalisation seule abandonnerait les plus modestes et les retraités actuels. Ensemble, elles se complètent : le socle solidaire garantit l'essentiel, l'épargne individuelle construit le mieux. C'est le seul système qui préserve les anciens, sert les actifs et prépare les enfants.


Pourquoi c'est la solution la plus équitable

  1. Pour les retraités actuels : leurs pensions sont préservées. La fusion des régimes et la retraite à points ne touchent que les droits acquis après la réforme (clause grand-père). Personne ne perd son acquis.
  2. Pour les seniors : au lieu de les pousser dehors à 60 ans, on les remet au cœur de l'économie — avec des postes, des allègements et le cumul défiscalisé. Ils gagnent du revenu, pas de l'exclusion.
  3. Pour les actifs : la durée de cotisation récompense ceux qui travaillent, sans pénaliser les carrières longues. Pas d'augmentation de cotisation : le financement vient des nouveaux cotisants, pas de leurs poches.
  4. Pour les carrières longues et pénibles : ils partent plus tôt, c'est reconnu et médicalement justifié.
  5. Pour l'État : +20 à 25 Md€/an nets à 10 ans — c'est l'équivalent du déficit vieillesse actuel (7,1 Md€) et davantage. Le système devient auto-suffisant et prévisible.

La comparaison avec l'immobilisme

10 ans Sans réforme (continuité) Avec notre plan
Ratio cotisants/pensionnés < 1 ~1,2 (retour des seniors + natalité)
Déficit vieillesse -20 à -30 Md€/an Équilibre
Pensions Baissées de force, ou impôts en hausse Préservées
Cotisations des actifs En hausse Inchangées
Conflit social Permanent (réformes imposées tous les 5 ans) Règle automatique, paix sociale

Notre conviction : le problème des retraites n'est pas un problème d'argent, c'est un problème de pyramide. On ne la répare pas en baissant les pensions ni en épuisant les actifs. On la répare en remettant des cotisants dans la pyramide — les seniors d'aujourd'hui, et les enfants de demain.